Partagez

Héloïse Conésa, membre du jury de l’appel à candidatures de l’exposition “Les Territoires de l’eau”

Partagez
Heloise Conesa Initial Labo
Heloise Conesa (c)Desrues

Le Festival de photographie de Paranapiacaba (FF Paranapiacaba) est une plateforme d’alphabétisation visuelle prônant la préservation des équilibres naturels, les droits de l’homme et l’accès à l’éducation, Il aborde des questions pertinentes sur la durabilité, la mémoire et le patrimoine. Héloïse Conésa, membre du jury a acceptée de répondre à nos questions dans le cadre de l’exposition “Les Territories de l’eau” chez Initial LABO

Cette quatrième édition du Festival est consacrée à l’eau, élément essentiel à la survie de tous les organismes.

Initial LABO et IANDE s’unissent à cette occasion pour vous faire découvrir le Festival de Paranapiacaba et permettre à des photographes brésiliens d’exposer leur travail en France.

IANDE est une plateforme culturelle interna4onale ciblé sur la France, en vue de communiquer sur la photographie brésilienne. Iandé, qui signifie Nous est un trait d’union entre le Brésil et la France, pour les photographes, les commissaires, les galeristes, les collectionneurs, l’enseignement, la recherche et les institutions liées à la photographie.

Initial LABO de par son attachement continue à la photographie brésilienne, que se soit au niveau du Mécénat auprès de la Bibliothèque Nationale de France, de son soutien à l’association SOS Assistances de Fotografia venant en aide aux assistant de photographes touchés par la pandémie ou bien par la riche sélection de livres brésiliens présents dans notre librairie.

Suite à l’appel à candidatures lancé cet été, plus de 500 candidatures ont été reçus. Le jury composée de Denise Carmargo, Héloïse Conesa, Emmanuelle Hascoët, Joao Kulcsár et Glaucia Nogeira ont choisi cinq lauréats qui seront exposés chez Initial LABO du 23 septembre au 10 octobre 2021.

Pour l’occasion nous avons échangé avec Héloïse Conésa, membre du jury afin de mieux connaitre son écriture photographique, les thématiques qu’il travaille et l’impact de la pandémie sur son inspiration. Découvrez cet échange en intégralité suivie d’une présentation de sa série.

Quel est votre premier contact avec la photographie brésilienne ?

“En 2005, alors en stage à la MEP, j’ai eu la chance de travailler sur la première exposition parisienne de Miguel Rio Branco « Plaisir de la douleur ». L’originalité de ses cadrages, ses choix de motifs et surtout l’attention qu’il porte à la couleur afin de restituer une vision très matiériste, sensuelle du Brésil sont un émerveillement pour moi.”

Existe-t-il une photographie brésilienne ? si oui est elle influençée par son territoire, son histoire ?

“Oui, il me semble que la variété des paysages tout comme des cultures a largement contribué à façonner l’identité de la photographie brésilienne qui se définit avant tout comme une photographie ouverte sur le monde, dynamique, riche de ses différences qu’elle intègre dans des thématiques et des esthétiques variées.

Entre la représentation de la culture afro-bahianaise par Lita Cerqueira et la lutte Yanomami photographiée par Claudia Andujar, il y a une variété de regards, de parti-pris formels mais aussi le même engagement dans la volonté de donner à connaître ce qui unit les peuples.”

Avez-vous eu des “coups de coeur” pour des photographes brésiliens récemment ?

“Grâce au mécénat de Initial LABO et au travail mené de concert avec le galeriste Ricardo Fernandes, nous avons pu ajouter aux quelque trois cents photographies déjà conservées au département des estampes et de photographie de la BnF plus de quatre cents tirages de vingt-trois photographes au talent confirmé (Bob Wolfenson, Rogério Reis, Marcos Prado, Alexandre Sequeira) ou émergent (Ge Viana, Romy Pocztaruk, Felipe Fittipaldi).

Les thématiques explorées dans le cadre de cet enrichissement des collections sont multiples. Elles concernent les paysages urbains ou naturels photographiés par Feco Hamburger, Lula Ricardi, Gisele Martins, Maristela Colucci, Cristiano Xavier, Dulce Araújo, Hugo Leal, José Diniz ; ou encore le métissage ethnique évoqué autant par la jeune génération avec Julio Bittencourt et Renata Felinto que par une photographe humaniste comme Lita Cerqueira qui s’attache à la communauté noire de Bahia, ou par le photoreporter Valdir Zwetsch qui s’intéresse au territoire indigène de Xingu en Amazonie.

Certains photographes abordent aussi le potentiel expérimental de l’image photographique, à l’instar de Cris Bierrenbach. Les séries conservées attestent des répercussions de la mondialisation dans ce pays clivé depuis l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro. Les nouveaux défis écologiques sont soulignés dans la série «Zoo» de Joao Castilho tandis que les tourments socio-politiques sont dévoilés par les oeuvres d’Andrea Eichenberger, Yan Boechat, Carolina Arantes, ou Élle de Bernardini – première artiste plasticienne et photographe transgenre à être représentée par une galerie d’art au Brésil et collectionnée par les institutions brésiliennes.

Se déployant en couleur ou en noir et blanc, toutes ces visions photographiques ont à coeur de montrer la créativité de la scène photographique brésilienne actuelle et de s’émanciper des clichés populaires de l’exotisme.”

Raphael Alves, lauréat de l’appel à candidatures

Qu’avez-vous pensé de la qualité des photographes qui ont postulés à cet appel à candidatures ?

“J’ai trouvé qu’il y avait beaucoup d’images intéressantes et que la pré-sélection montrait une grande variété dans la façon d’aborder le thème des territoires de l’eau retenu cette année. J’ai essayé dans mon choix de panacher des images noir et blanc et couleur ainsi que des écritures poétiques et d’autres plus documentaires. Il me semblait que cela correspondait peu ou prou aussi à l’esprit qui avait présidé à la pré-sélection de la centaine d’images.

Je me suis aussi attachée à la narration, au lien qui pouvait se tisser entre les trois images choisies par le/la candidat.e.

Quelles écritures vous ont particulièrement intéressées dans les séries présentées.

“Dans la série « Riversick » de  Raphael Alves, j’ai apprécié la belle écriture contrastée du noir et blanc, scénarisée par des choix de lumière judicieux, et  constituant comme un haïku intrigant autour de la ville de Manaus et du Rio Negro.

Chez Marcio Borsoi, la mise en scène autour de la mythologie de la « dame des eaux » m’a parue révéler une facette particulière du Brésil, marqué par l’animisme. Chez Nilmar Lage, j’ai été très impressionnée par la beauté des couleurs ocres et en même temps la violence de la catastrophe liée à l’effondrement du barrage minier de Córrego do Feijão, à Brumadinho que suggèrent les trace des coulées de boues sur les murs.

Dans la série Les arbres de Mergulha e Voa, j’ai trouvé ces petites natures mortes photographiques assez réussies avec l’idée d’une progression dans la narration comme un précipité de l’engagement écologique de l’auteur : la pierre qui sert de support aux images d’archives se dessèche au fur et à mesure que les usages du littoral évoluent (l’agriculture famililale, le tourisme, l’urbanisation forcenée…). Enfin, l’essai Cours d’Eaux – Histoires de convivence avec la sécheresse au Ceará  de Sheila Oliveira est plus documentaire et témoigne avec force de la résistance des habitants dans cette région de plus en plus aride.”

Marcio Borsoi, lauréat de l’appel à candidature

De manière plus générale, qu’avez-vous pensée de la production photographique pendant la pandémie ?

“J’ai échangé avec les photographes pendant le confinement mais le dialogue était forcément restreint en visioconférence. La production photographique pendant la pandémie a également marqué le pas c’est certain mais les photographes ont su rebondir en essayant d’adapter leurs projets initiaux à des contextes de production plus proches, plus ancrés dans le quotidien.

J’ai ainsi été étonnée du regain d’intérêt pour le genre de la nature morte et les façons dont certains photographes sont parvenus à le renouveler avec humour et sensibilité. Les images ont davantage circulé sur les réseaux sociaux avec la volonté de partager aussi les diverses phases de la création, d’associer davantage le spectateur à la création des images.”

Quelle dimension particulière apporte le tirage de la photographie ?

“Pour moi le tirage est essentiel pour avoir une appréhension globale de l’œuvre et des intentions du photographe. Le choix du papier, des virages, des glaçages, la matité ou la brillance d’une surface tout cela concourt à parachever un travail de prise de vue, l’incarne.

Le soin apporté à un tirage est ce qui nous fait passer du domaine de l’image à celui de l’œuvre photographique. Je prépare d’ailleurs pour 2023 une exposition « L’épreuve de la matière » qui mettra notamment en exergue l’importance du tirage et plus largement des choix de supports dans l’appréhension d’une œuvre photographique.

Avez-vous observée une relation particulière entre le photographe et son tireur ? 

“Il y a évidemment une relation particulière qui se tisse entre le photographe et son tireur, une forme de connivence entre l’auteur d’une image et celui qui en sera l’interprète. La complicité voire l’empathie du tireur qui peut arriver finalement à accorder complètement sa sensibilité à celle du photographe qu’il accompagne est assez merveilleuse.”

Quels sont vos projets pour 2022 ? 

“En 2022, je présenterai une exposition organisée à l’occasion des quinze ans de l’agence NOOR fondée par le photoreporter Stanley Greene en 2007 avec pour devise : « some things simply need to be seen ».

Elle réunit aujourd’hui 14 photographes talentueux et engagés, investis dans la représentation des défis sociétaux et environnementaux de notre monde contemporain. En noir et blanc ou en couleur, ils ont aussi à cœur de renouveler la façon d’envisager la photographie de presse et la photographie documentaire en proposant des formes inédites de monstration mais en offrant aussi par divers workshops une véritable éducation à l’image qui passe par une attention au contexte de prise de vue, à la sensibilité de l’auteur et aux modalités de diffusion de l’image.

En 2022 sera également toujours visible l’exposition que nous présenterons dès cette fin d’année 2021 sur les prix photographiques dont la BnF est partenaire. Parmi ces prix importants pour la valorisation des travaux des photographes français on trouve le prix Niépce et le prix Nadar dont la BnF est partenaire depuis 1955, ainsi que la Bourse du Talent et enfin le prix Florence et Damien Bachelot du tirage. .”

Sheila Oliveira, lauréat de l’appel à candidatures

Heloïse Conésa – Conservatrice du patrimoine à la BnF

Héloïse Conésa est conservatrice du patrimoine à la Bibliothèque nationale de France, en charge de la collection de photographie contemporaine. Historienne de la photographie, ses recherches universitaires ont plus précisément porté sur la photographie espagnole contemporaine.

Elle a été commissaire des expositions Entrevoir sur l’œuvre vidéo de Robert Cahen (MAMCS, 2013) Colles et Chimères sur le photographe Patrick Bailly- Maître-Grand (MAMCS, 2014) ainsi que, depuis 2015, avec Didier de Faÿs, des diverses éditions de la Bourse du Talent exposées à la BnF. Avec Raphaële Bertho, elle est commissaire de l’exposition Paysages français : une aventure photographique (1984-2017), présentée à la BnF à l’automne 2017.

Exposition FF Paranapiacaba chez Initial LABO

LES TERRITOIRES DE L’EAU 

Raphael Alves – Marcio Borsoi – Nilmar Lage –  Mergulha et Voa – Sheila Oliveira – Elza Lima – Julia Pontes – Marinele Ribeiro 

DU 23/09 AU 10/10 

Une célébration de la photographie aux confluents de la préservation des équilibres et des territoires créatifs.

bling
it up

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.